Ode à l'Inde...

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Inde - Delhi
de SRK, le 06-03-2008

Ode à l'Inde...

Kuch kuch hota hai… « something happened »… Oui, il m’est arrivé quelque chose en Inde mais quoi?

         A la fois intense et majestueuse, paradoxale et déconcertante, l’Inde fut un choc : émotionnel, physique et spirituel. Sur ces terres de Gandhi, j’ai grandi. Hindustan… Tu m’as vidé de tous mes sens. J’ai respiré l’Inde, j’ai écouté l’Inde, j’ai caressé l’Inde, j’ai croqué l’Inde, et j’ai pleuré l’Inde… Comment l’homme peut-il en être réduit à vivre ainsi ? Je me suis retrouvée face à face à la nature primitive de l’être humain. L’Inde vous touche jusque dans vos entrailles, fait renaître les émotions les plus intrinsèques et les plus contradictoires. Amour, Peur, Joie, Souffrance, Certitude, Colère.          
J’ai passé un mois à me poser cent fois la même question. Toujours pas de réponse. Une seule certitude : la misère est moins pénible au soleil…

 Mon voyage a commencé sous de bons auspices. Chômeuse-même pas RMIste que je suis, j’achète le billet d’avion le moins cher au départ de Pékin. Cela signifie donc 3 décollages et 3 atterrissages biensur, petit coucou rapide d’une heure à la Thaïlande (oui oui c’est un grand détour), transit de 15h au Sri Lanka. Total : voyage de 24h ! Avec ça on me dit qu’il y a 2h30 de décalage avec la Chine. Ça se compte maintenant des demi-fuseaux horaires ?? L’homme est fou ou quoi ?! Bref moi, je ne sais qu’une chose : qu’on est toujours en 2008 ! Heureusement que pour reposer mon cerveau, la compagnie aérienne nous réserve des surprises : une nuit d’hôtel gratis avec bungalow sur la plage à Colombo et buffet à volonté ! Le luxe… quand on a un maillot de bain… ce qui n’est pas mon cas. Eh oui, à l’aéroport, je vais pour récupérer mes bagages. Après 30 min d’attente, je commence à stresser. Toujours rien, donc je fais appel aux gardes qui me disent : «  Don’t worry it’s there ». ouf ! J’arrive à l’hôtel, je ne vois toujours pas mon sac. Ils me font : « It’s already there » … c’est-à-dire Delhi ! Fallait savoir ! Eh oui, de leur ressembler ça a déjà son inconvénient : on oublie de me traduire les informations ! Les gens me parlent en hindi, en tamoul et même en sinhala (dialecte sri-lankais). Sorry no compris !
Je me retrouve donc sans habit de rechange et sans maillot. Je me décide d’en acheter un à 2€. Supers sexys les maillots sri-lankais… No comment. C’est pas grave, les locaux ils aiment quand même d’autant plus que j’étais la seule non quadragénaire. L’un d’eux, médusé par mes prouesses nautiques, me chuchote : «  You swam fantastically » et veut une photo avec moi ! Un autre de me répéter 3 fois qu’il est célibataire...

Autant cette escale au soleil me fait sourire, autant l’Inde me choque. Dès le 1er jour, j’ingurgite avec peine des sentiments que je n’ai toujours pas digérés. C’est là au fond de moi. Si la Chine, c’est le Tiers-monde, l’Inde c’est le Quart-monde !
Un seul mot pour décrire Delhi : le chaos. Dans l’aéroport, pour faire régner l’ordre, des gardes en mitraillettes repoussent la foule des badauds. Super l’accueil ! De la fenêtre de mon taxi, j’aperçois l’Inde telle que je la craignais : pauvre, sale et polluée. Des enfants miséreux tapent sur la vitre pour réclamer qq roupies ; des vieillards dorment à même le trottoir couvert de détritus que les castes inférieures ne sont pas venues ramasser ; des âmes perdues tentent de se réchauffer autour d’un feu de fortune ; la jeune génération venue de la campagne et attirée par l’eldorado indien voit ses rêves brisés dans un bus bondé où l’air vient à manquer…

Je fais personnellement l’expérience de ce minimum vital. Ma 1ère nuit à Delhi est un cauchemar : pas d’eau chaude au sortir de l’avion, fenêtre cassée qui laisse passer l’air glacial, draps tachés, coupure d’électricité, mince couverture… Je comprends qu’il va falloir se mettre au niveau des standards indiens. Nous élaborons un plan SOS pour tenir un mois en Inde sans craquer. Voici donc le kit de survie :

1)                      Ne tenez pas à votre peau car vous frôlerez la mort à maintes reprises ! Que vous soyez propulsé à travers le pare-brise d’un bus qui double alors qu’un camion arrive en face, ou que vous soyez écrasé par un éléphant qui traverse l’autoroute, surtout ne perdez jamais votre sang froid ahah.

2)                      Si vous voulez garder la ligne et restez svelte, rentrez chez vous ! Avis aux carnivores, la mode là-bas, ce sont les « veg ». Mais moi j’ai une question : est-ce qu’un restaurant végétarien en Inde a la même définition ? Ce qui ressemblait de plus près à un légume, ce sont 3 petits pois et une carotte qui se battaient en duel dans du liquide! Total je me suis nourrie de riz, de pain indien (naan), de lentilles et de sauces épicées ! Dites donc adieu à votre estomac car même dans l’omelette le matin il y a du massala !

3)                      Ne soyez jamais pressé car comme disent les Indiens : «No problem». Le train aura 5h de retard ? «No problem». Votre chambre ne sera prête que dans 2h ? «No problem». Vous vous retenez pour aller pisser mais le bus ne s’arrête pas pendant 3h ? «No problem». J’adore leur positivisme !

4)                      Vous aimez le confort ? Bienvenue à Hindustan ! Vous voulez une douche chaude quand il fait 10°C dehors ? «No problem, il y a de l’eau chaude ». Seul bémol : les coupures d’électricité pendant la nuit. Donc c’est vrai il y a de l’eau chaude… quand il y a de l’électricité. Vous voulez faire vos besoins dans un endroit qui s’appelle WC ? ça veut dire quoi d’ailleurs WC ?? Les Indiens appréhendent différemment ce lieu intime. Ils le prennent au sens littéral : water closed. Du water, il y en a partout dans les toilettes indiennes ! Vous mettez vos pieds dans l’eau, vous trempez vos mains dans l’eau afin de vider le sceau qui fait office de chasse. Par contre pas d’eau pour se laver les mains.

5)                      Et surtout gardez le sourire ! C’est le véritable kit de survie… oui mais aussi le produit antiseptique, les paquets de mouchoirs, les boules quies pour s’enfermer dans sa bulle. Mon amie Emmanuelle a carrément apporté l’attirail : des chewing-gums dentifrices, 36000 médicaments, des comprimés pour purifier l’eau et même du parapoux !! Nous voici blindés pour l’aventure indienne !

 Mais c’est notre sourire qui nous a permis de faire de magnifiques rencontres et d’apprécier l’Inde comme on se l’imagine en rêve… femmes en saris vermillons et couleur safran, encens qui chatouille vos narines, cliquettement des bangles en or, odeur de currys et poulet tandooris qui embaument la rue. Le brouhaha de la capitale me fait sourire. Voitures, motos, rickshaws, vaches, ânes, piétons et cyclistes se partagent des ruelles de 3m de large. Le bruit des klaxons se mêle aux cris des vendeurs et aux notes aigues des chanteuses indiennes. Le touriste se laisse bercer par ce tourbillon et nul ne sait où ce dernier l’emportera. Le 1er jour, des enfants vous souriront et voudront vous serrer la main car vous serez le 1er étranger qu’ils rencontrent ; le 2ème jour, des joueurs de cricket vous inviteront à faire une partie avec eux ;  le 3ème jour le gérant de l’hôtel vous demandera d’être figurant pour un film Bollywood !

Delhi est comme une drogue : elle me fait souffrir et en même temps j’en redemande. Le contraste à l’état pur. Dans les « gares du Quart-monde » du Vieux Delhi, les pauvres passagers voyagent avec leurs valises sur la tête, des femmes et leurs enfants mendient sur les rails elles-mêmes, le moindre cm2 de libre est assailli par des sans-abris. Dans le Nouveau Delhi, les esclaves du XXIème siècle transportent les nouveaux riches sur leur cyclopousse, des hommes en costard se font cirer leurs chaussures, les femmes coquettes font les soldes dans les shoppings malls, pendant que le celèbre acteur Shah Rukh Khan s’affiche en grand pour des canettes de Pepsi que la majorité des habitants ne peuvent pas se payer.
    Dès lors, la religion devient l’opium du peuple, le seul exutoire possible. La Mosquée de Delhi est devenue trop petite pour la foule des fidèles qui s’y pressent. Un tel rassemblement de croyants me fait peur. Personne ne semble apercevoir sur les trottoirs les têtes de bœuf arrachées et sanguinolentes, ni les enfants-mendiants au seuil de la mosquée. La religion pourtant me permet d’abattre des préjugés. Nous faisons la rencontre d’un jeune Sikh qui nous accompagne dans son temple et nous fait entrer dans son univers. Alors que nous arborons nos foulards et que nous nous promenons les pieds nus comme le veut la tradition, le chant des prières nous emplit l’âme. Ils sont des centaines à s’agenouiller pour implorer leur Dieu de rendre les hommes égaux. Donner avant tout aux autres, tel est leur précepte. Le mysticisme indien nous dépasse et nous dépassera tout au long de cette aventure tant il est omniprésent.

L’Inde à présent me fascine et j’apprends à le dire enfin : « Mera pyaara Hindustan »… Inde, je t’aime.

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